
Quand j’étais petit, j’étais en permanence accroché aux basques de mon grand-père à Villeneuve de Marsan, cet homme hors du commun doublement étoilé, visionnaire, rebelle, quelque peu anarchiste mais de droite, il aurait même voté Coluche en 81…? C’est dire ! Ouvert à tout malgré sa réputation de renfrogné, il avait embauché, au sortir des conflits d’Algérie, alors que les pieds noirs et Harkis « colonisaient » nos villes et nos campagnes, un petit marocain, meilleur apprenti du Maroc, Larbi Bouderbah, que nous appelions Babi, c’était plus simple. Il resta des années, épousa Anne-Marie qui habitait non loin de là et eurent Soraya et Medhi comme enfants. Il fît de gros de sa carrière au Château de Brindos à Anglet. Parti rejoindre son beau-père qui, un jour se fit péter à la figure la bombe commémorative du 14 juillet, il est inhumé à ses côté, et l’émotion fut grande lorsque, me promenant dans le cimetière, je vis le croissant et la croix gravés indélébilement sur la pierre tombale. N’est pas ça ma cuisine fusion ça ?…déjà dans ces années soixante qui dansaient le twist et les mashed potatoes… Babi faisait le couscous pour les pompiers pour la Ste Barbe…et le mot méchoui devenait populaire. Maintenant c’est différent, la mobilité des gens, les migrations, la communication, l’ouverture d’esprit font que l’on ose et souvent avec succès. Il y a belle lurette que je fais des nems au axoa ou que j’ai été conquis par Fatima qui un jour de ramadan me régala avec un tajine de noir gascon aux pruneaux !